Parvenir au beau par la justesse et la simplicité

Née à Danang, à peine âgée d’un an, Yên Khê arrive en France avec ses parents et grandit entre deux cultures.
Alors qu’elle étudie à L’Ecole Camondo, (Ecole de design et d’architecture d’intérieur à Paris),  Yên Khê se prend au jeu du 7ème Art et rencontre le succès sur les écrans de cinéma avec les rôles principaux dans L’Odeur de la papaye verte et Cyclo. À la verticale de l’été et I Come With The Rain ont prolongé son activité d’actrice.
Mais sa première vocation la rattrape.

En 2010, elle crée les décors et les costumes de Norwegian Wood, adapté de La Ballade de l’Impossible d’Haruki Murakami. Puis elle assure la direction artistique d’Éternité, sorti sur les écrans en 2016, inspiré du livre L’Élégance des veuves d’Alice Ferney.
2018 marque un tournant dans son parcours atypique avec un retour vers le design.
Sa première collection de mobilier est un défi à sa mesure.

Avec la collection Gosoï, c’est un univers d’élégance et de simplicité qu’elle souhaite fonctionnel et accessible. Bâtissant l’équilibre sur les lignes obliques des piétements, son mobilier apporte une sensation de tension agissant en contraste avec le sentiment de sérénité et de légèreté inhérent à la conception de Gosoï.
Dans la continuité de la tradition du design français des années 50 et en utilisant un matériau pérenne et noble comme le chêne, Yên Khê rend hommage à Jean Prouvé pour qui elle a une grande admiration.
Ici, elle emploie magnifiquement le métal plié pour résoudre et éliminer des éléments habituels de construction qui entravent la pureté de la ligne du meuble.

Sensible à la lumière, elle utilise le chêne français de Bourgogne pour sa luminosité, son caractère chaleureux et son potentiel vivant, c’est-à-dire sa capacité à évoluer avec le temps.
La combinaison de métal plié et de chêne massif assure une pérennité transmissible de génération en génération, idée chère à Yên Khê qui pense que la beauté d’un meuble s’intensifie avec son vécu et les traces qu’on y laisse.

YenKhe - portrait

Comment vous est venue l’envie, l’idée de concevoir une collection de mobilier et une marque en votre nom propre ?

J’ai fait l’École Camondo (Ecole de Design et d’architecture d’intérieure), après un an passé à l’école du Louvre et l’Académie Charpentier. Et le hasard de la vie m’a fait faire un grand détour très agréable par le cinéma.
En même temps que mes études à Camondo, j’ai tenu des rôles principaux dans les films de Tran Anh Hung, L’odeur de la Papaye verte (Caméra d’Or à Cannes, César du Meilleur 1er Film, nomination aux Oscars du meilleur film étranger), Cyclo (Lion d’Or à Venise), À La Verticale de l’Été et I Come With The Rain.
Pendant ces années, le cinéma a pris le dessus sur ma vocation de designer, bien qu'au-delà de mon rôle d’actrice, je me suis toujours occupée de la direction artistique sur ses films, dès le début.

Puis Norwegian Wood (d’après le roman de Haruki Murakami), tourné au Japon, a été l’occasion pour moi de créer les décors et les costumes du film.
C’était une expérience inoubliable pour moi de concevoir huit décors dans les mythiques studios de Toho à Tokyo. J'ai dû repenser et dessiner la plupart des meubles que je n'ai pas pu trouver au Japon.
Haruki Murakami a adoré les ambiances, le mobilier que j'avais créé et à l'issue de la projection, m'a dit que je devrais penser à me remettre au design. C'était en 2010.
Je me suis alors rappelé qu'il y avait quelques noms vietnamiens connus dans le monde du design comme Quasar Khanh, Dinh Van, Toan Nguyen... Et l’idée de créer une marque vietnamienne, qui porterait mon prénom, en hommage à mon grand-père qui l'a composé, a germé dans mon esprit et a vite fait son chemin.
Puis ce fut un beau parcours d’apprentissage, extrêmement stimulant, un renouveau merveilleux dans ma vie.

Comment conciliez-vous vos influences entre l’Asie et l’Occident, le cinéma et le design ?

Née au Vietnam et vivant en France depuis ma petite enfance, je suis le produit de bien plus que ma double culture parce que je suis baignée dans un  environnement où tous les produits culturels sont à ma disposition.
Il n’y a pas seulement le Vietnam et la France, mais plus largement l’Occident et l’Asie, en particulier le Japon pour sa littérature, son cinéma et l’architecture.
La peinture italienne, française et américaine ainsi que la musique, l'architecture et le design sont aussi pour moi une source d’inspirations et de ravissement inépuisables.

Jouer dans un film, dessiner un objet ou créer l'univers visuel d'un film relève d'un même processus : la capacité d’évaluer, d’apprécier, d’identifier ce qui est juste et sensible pour parvenir à produire une sensation particulière chez les gens. Quand je crée un objet, je frémis à l’idée que des gens puissent le choisir, se l’approprier et l'intégrer dans leur vie au point qu’il devienne un objet familier de leur quotidien et participe à leur histoire. Et s’il est transmis d'une génération à l'autre, alors il n'y a rien de plus merveilleux !

S’il y a un credo à formuler, je dirais que j'essaie de parvenir au beau avec simplicité et justesse, sans exclure la sophistication.

Quelles sont vos sources d'inspirations pour la collection Gosoï ?

Le design français des années 50 est sans doute la période que je préfère, avec Pierre Paulin, Pierre Guariche… Et une admiration toute particulière pour Jean Prouvé. J'aime cet esprit français où tout est dans la rigueur et la mesure, sans exubérance. De la simplicité naît la beauté et l'élégance.

En utilisant des matériaux simples, chaleureux et pérennes, comme le chêne, je voulais rendre hommage à Jean Prouvé en exprimant l’idée que la beauté d’un objet vient de sa structure et de sa fonctionnalité.